Voilà. L’écologie politique est passée de 18 à 2 %.

Moi aussi, j’aurais voulu que ça marche. J’aurais aimé croire qu’Eva Joly, en dépit de toutes les apparences, réussisse à toucher du doigt l’intelligence des électeurs.

Mais depuis l’été dernier, je n’y arrivais pas.

Les Français sont tout disposés à croire que la question de l’environnement est déterminante pour notre avenir à long terme. Si on prenait le temps de leur expliquer, ils pourraient même comprendre qu’en prenant un peu de hauteur y a là un relais pour une autre croissance, pour rebâtir un système plus cohérent sur de nouvelles bases, dans une optique de solidarité et de démocratie. C’est l’écologie politique.

Seulement, les Français sont un vieux peuple latin dont l’inconscient est torturé par des siècles d’endoctrinement catholique, même s’ils ne sont plus nombreux à aller à la messe.

Cela les mène à une espèce de névrose, une tension insoluble entre la mauvaise conscience du comportement honteux à bannir, l’angoisse de se le voir reprocher et le besoin profond de s’en libérer.

A tort ou à raison, la question écologique renvoie irrémédiablement la plupart des gens à leurs propres comportements individuels. Quand il m’arrive de soulever la question de l’écologie en général avec un voisin ou un oncle, j’ai généralement la même réponse : «Ah oui, c’est important. Moi, je voudrais bien trier mes déchets, mais voilà, je manque de place.» Bien que je me sois gardé de tenir le moindre propos accusateur, mon interlocuteur entre tout de suite dans la culpabilité et la justification.

C’est pourquoi, au mois de juillet, quand j’ai appris que les écologistes avaient choisi comme candidate une juge d’instruction de culture protestante, je me suis dit qu’on pouvait difficilement faire un choix moins en phase avec la bonne manière de parler d’écologie en France.

C’est d’un bon avocat dont les écologistes avaient besoin, pas d’une juge.

Oui, Eva Joly est une femme admirable de ténacité et de probité. Oui, l’écologie politique avait besoin d’elle face aux comportements de prédation des grandes entreprises sur la société et son environnement. Oui, elle jouait parfaitement son rôle au sein d’une équipe aux multiples compétences sur les listes européennes. Mais que ne s’en est-elle tenue là?

On peut blâmer la Ve République qui n’est qu’un absurde concours d’éloquence et de marketing politique. Cette vieillerie est certes à mettre au placard au plus vite. On peut aussi s’en prendre aux médias qui sont un miroir magnifiant du narcissisme ambiant.

Mais les écologistes ont choisi d’envoyer un candidat. Il fallait alors jouer le jeu afin de se mettre en position d’en changer les règles par la suite.

Les écologistes arriveront à leurs fins quand ils comprendront qu’on n’arrivera pas à changer le monde en cherchant à tout prix à ce que le monde nous ressemble, nous, militants au cœur pur, intègres, de gauche, avec nos référents culturels et politiques bien à nous…

Non, l’ensemble de la France ne nous ressemble pas. Et pourtant, il est urgent de la faire changer.

Pour convaincre, il faut donc faire comprendre à ceux qui ne nous ressemblent pas que nous avons tous quelque chose en commun. Que parfois, nous aussi, nous oublions de trier nos déchets, et alors ? Que certains d’entre nous font de la moto, partent en vacances au bout du monde ou vendent la licence de leur marque pour des flacons de shampoing; bref, ne pas chercher à jouer toujours au plus pur, au plus solidaire, au plus vertueux.

En se prenant pour le Messie, en arrivant trop tard et en repartant aussitôt, Hulot a montré à quel point il n’était pas non plus très doué pour la politique. Cependant, au-delà même de sa notoriété télévisuelle et de ses talents d’orateur, il incarnait la sincérité d’un converti sur le tard. Il est un écolo imparfait, et c’est précisément cette imperfection qui fait que les Français peuvent s’identifier à lui comme quelqu’un qui peut changer.

On ne refera pas l’histoire, et il n’était pas garanti qu’un candidat Hulot ne se fût pas transformé lui aussi en machine à bourdes. Cependant, je rêve que les écologistes, un jour, choisissent de prendre la société comme elle est pour la mettre sur les meilleurs rails, plutôt que de jouer éternellement les Don Quichotte.