Depuis plus de trente ans, on n'en finit plus de peindre la lente agonie du monde paysan.

Ces derniers temps, j'ai revu les trois volets de la fresque de Raymond Depardon, Profils Paysans, dont la bande son, l'élégie de Fauré, suffit à comprendre le degré d'optimisme du grand reporter sur le sort de l'agriculture de moyenne montagne.

Dans un style plus naïf, mais plus précurseur, j'avais rapproché cette trilogie des deux volets de Farrebique (1947) et Biquefarre (1983), de Georges Rouquier. Des histoires de prix qui baissent, d'exploitants qui mettent la clef sous la porte ; d'autres qui s'agrandissent, s'intensifient et s'intoxiquent à la chimie.

Vendredi soir, dans la même veine, j'ai entendu sur France Inter le documentaire de Delphine Gourlay dans Nous autres. Encore des histoires d'éleveurs sous perfusion des subventions, d'endettement, de dépôt de bilan, de désillusions.

"Charal et Bigard, c'est la mafia. Il y en a qui vendent aux bouchers d'à côté, mais ce ne sont pas les bouchers de la Creuse qui vont nous faire vivre", disait d'un d'entre eux. Bien sûr, mais au-delà ? Les consommateurs sont de plus en plus exigeants : ils veulent du goût, ils veulent du bio, ils veulent de la traçabilité. Il faut trouver le chaînon manquant, et c'est urgent.

On apprenait voici un mois que le revenu agricole moyen avait baissé d'un tiers en 2009.