Elégie à un verne du Japon (ceci n'est pas une contrepèterie)
Par Melfrid le jeudi 27 novembre 2008, 10:06 - La vie romancée dudit Melfrid - Lien permanent
25 as, St Lewis Carroll, professeur
Du haut du second étage où j'habite, j'avais la tête dans le feuillage d'un verne du Japon.
A travers ma fenêtre, je ne voyais à la belle saison que son feuillage vert tendre. Il m'apportait la fraîcheur de son ombrage en été. Parfois, alangui dans un transat sur mon étroit balcon, je lisais en écoutant les merles qui batifolaient sur ses branches. Il m'isolait du regard indiscret du voisin d'en face. Il était mon îlot de verdure. A deux cent mètres du périphérique parisien et à cinq cents mètres de l'autoroute A4, il était ma bouffée d'oxygène.
Certes, ce n'était pas une essence noble. En octobre, il saturait la cour et mon balcon de son feuillage en décomposition. En juin, ses millions de fleurs microscopiques dégageaient une forte odeur de viande séchée et, en tombant, tapissaient à nouveau le sol d'une neige douteuse en putréfaction. Pourtant, tout cela n'était que mineurs inconvénients.
Ce matin, j'ai été réveillé par l'un des bruits les plus désagréables qui soient, celui d'une tronçonneuse. En hâte, je m'habille et sors. Parmi les branches où se posent habituellement les pigeons, un homme casqué, sanglé, ganté. Je l'interroge.
"O lou coupe", roucoule-t-il.
Je descends en flèche les escaliers pour aller questionner ma propriétaire. Oui, c'est bien elle qui a décrété la peine capitale. Quel crime était reproché à notre pauvre aulne? Il a poussé.
A l'heure qu'il est, mon verne du Japon a subi le sort des milliers de platanes qui ombragent les anciennes routes royales, pour la simple raison qu'ils sont là et qu'ils poussent. Y a-t-il des accidents de la route? Des voitures emboutissent des platanes? Rasez les platanes. La pollution urbaine sensibilise les allergiques au pollen? Blâmez les tilleuls. Il faut construire une route, un supermarché? Coupez les chênes qui sont là et qui gênent.
Pour nous, citadins, l'arbre est notre oxygène. Il est une ombre rassurante à nos côtés, au quotidien, au fil des ans. Il enracine notre histoire. On ne l'aperçoit qu'à peine, mais c'est grâce à lui qu'on respire. Puis un jour, alors qu'il est là chez lui, on se dit qu'il nous barre la route, qu'il contrecarre nos projets d'avenir; alors on le coupe.
On ne construit pas un avenir en déracinant le passé.
Bande d'aveugles, laissez les arbres en paix, ils ne vous ont rien fait.
Du haut du second étage où j'habite, j'avais la tête dans le feuillage d'un verne du Japon.
A travers ma fenêtre, je ne voyais à la belle saison que son feuillage vert tendre. Il m'apportait la fraîcheur de son ombrage en été. Parfois, alangui dans un transat sur mon étroit balcon, je lisais en écoutant les merles qui batifolaient sur ses branches. Il m'isolait du regard indiscret du voisin d'en face. Il était mon îlot de verdure. A deux cent mètres du périphérique parisien et à cinq cents mètres de l'autoroute A4, il était ma bouffée d'oxygène.
Certes, ce n'était pas une essence noble. En octobre, il saturait la cour et mon balcon de son feuillage en décomposition. En juin, ses millions de fleurs microscopiques dégageaient une forte odeur de viande séchée et, en tombant, tapissaient à nouveau le sol d'une neige douteuse en putréfaction. Pourtant, tout cela n'était que mineurs inconvénients.
Ce matin, j'ai été réveillé par l'un des bruits les plus désagréables qui soient, celui d'une tronçonneuse. En hâte, je m'habille et sors. Parmi les branches où se posent habituellement les pigeons, un homme casqué, sanglé, ganté. Je l'interroge.
"O lou coupe", roucoule-t-il.
Je descends en flèche les escaliers pour aller questionner ma propriétaire. Oui, c'est bien elle qui a décrété la peine capitale. Quel crime était reproché à notre pauvre aulne? Il a poussé.
A l'heure qu'il est, mon verne du Japon a subi le sort des milliers de platanes qui ombragent les anciennes routes royales, pour la simple raison qu'ils sont là et qu'ils poussent. Y a-t-il des accidents de la route? Des voitures emboutissent des platanes? Rasez les platanes. La pollution urbaine sensibilise les allergiques au pollen? Blâmez les tilleuls. Il faut construire une route, un supermarché? Coupez les chênes qui sont là et qui gênent.
Pour nous, citadins, l'arbre est notre oxygène. Il est une ombre rassurante à nos côtés, au quotidien, au fil des ans. Il enracine notre histoire. On ne l'aperçoit qu'à peine, mais c'est grâce à lui qu'on respire. Puis un jour, alors qu'il est là chez lui, on se dit qu'il nous barre la route, qu'il contrecarre nos projets d'avenir; alors on le coupe.
On ne construit pas un avenir en déracinant le passé.
Bande d'aveugles, laissez les arbres en paix, ils ne vous ont rien fait.
Commentaires
Ah zut, peste... J'ai peur de comprendre que ce n'était pas un simple élagage...
ah ! je t'ai reconnu, Idéfix !
Boouuuh.