Ouzo me parea
Par Melfrid le dimanche 24 août 2008, 20:38 - Le goût - Lien permanent
Thessalonique, mercredi soir.
Comme le metro vous crache en surface dans des quartiers inattendus, comme lascenseur vous projette sans effort a des altitudes qui bouleversent vos perspectives, lavion ma largue brusquement dans cette Macedoine grecque que, voici des annees, jai beaucoup aime, et aussi un peu deteste. Me voici donc a Thessalonique avec pour premiere idée en tete celle de laver laffront que constitue linfame snack quose server la compagnie Alitalia (denoncons-la) sur ses vols.
Il est 16 heures, un moment opportun ici pour envisager de senvoyer quelques mezze dans une ouzeri.
Me voici donc dans une rue contigue a la place centrale Aristoteles. Pour la premiere fois depuis longtemps, une odeur caracteristique de friture de poissons et de boisson anisee me chatouille les narines, tandis que de vieux airs de rebetiko chevrotent sous le couvercle dune epaisse glycine. Derriere une vitrine sur deux, des menuisiers fabriquent tabourets de bar et salons de jardin. Les autres etablissements sont des tavernes dont les terrasses debordent sur la chaussee pietonne.
Apres hesitation, je choisis celle qui me semble accueillir la meilleure parea. La parea, chez les Grecs, cest la compagnie, le cercle damis avec lequel partager un bon repas. Cest aussi, avec la famille, le reseau social le plus essentiel.
Louzerie To Roptron rassemble de toute evidence des bandes de vieux potes. On comprend vite que le patron sappelle Iannis. Si vous etes amateur de statistiques, sachez quun quart des citoyens males de la republique grecque est prenommee Iannis, un autre quart sappelle Jurgos, un troisieme quart Costas; quant au dernier quart, il regroupe les autres prenoms usuels.
Bref, le Iannis en question a vite compris que jetais un etranger, bien que jaie fait de pathetiques efforts pour avoir lair dun Grec: lunettes de soleil occultant mes yeux bleus, attitude savamment negligee, epaules en arriere, le bras etendu sur la chaise vide a cote de moi Seulement, pour cette premiere journee de mon voyage, je suis depourvu de parea, et surtout, je consulte la carte en anglais.
En effet, avec les annees, les rudiments de grec demotique (principalement alimentaire) que javais peniblement assimiles jadis restent enlises dans les trefonds de mon cerveau. Ils finissent par ressortir a la faveur dassociations libres: nero pour leau, psomi pour le pain, krassi pour le vin
Je commande donc de quoi mabsoudre de la sauvagerie des companies aeriennes: des boulettes fondantes de fromage frit, du calamar sauté, des frites, un ouzo. Pas dentrée ou de dessert ici: tout se mange en piochant dans les assiettes, surtout si on est plusieurs. Cest la parea qui veut ca.
Quant a louzo, il se sirote avec lenteur. Les Grecs ne sont pas des alcooliques. Ou bien des alcooliques pas presses. Le soleil tape, vous savez!
Comme le metro vous crache en surface dans des quartiers inattendus, comme lascenseur vous projette sans effort a des altitudes qui bouleversent vos perspectives, lavion ma largue brusquement dans cette Macedoine grecque que, voici des annees, jai beaucoup aime, et aussi un peu deteste. Me voici donc a Thessalonique avec pour premiere idée en tete celle de laver laffront que constitue linfame snack quose server la compagnie Alitalia (denoncons-la) sur ses vols.
Il est 16 heures, un moment opportun ici pour envisager de senvoyer quelques mezze dans une ouzeri.
Me voici donc dans une rue contigue a la place centrale Aristoteles. Pour la premiere fois depuis longtemps, une odeur caracteristique de friture de poissons et de boisson anisee me chatouille les narines, tandis que de vieux airs de rebetiko chevrotent sous le couvercle dune epaisse glycine. Derriere une vitrine sur deux, des menuisiers fabriquent tabourets de bar et salons de jardin. Les autres etablissements sont des tavernes dont les terrasses debordent sur la chaussee pietonne.
Apres hesitation, je choisis celle qui me semble accueillir la meilleure parea. La parea, chez les Grecs, cest la compagnie, le cercle damis avec lequel partager un bon repas. Cest aussi, avec la famille, le reseau social le plus essentiel.
Louzerie To Roptron rassemble de toute evidence des bandes de vieux potes. On comprend vite que le patron sappelle Iannis. Si vous etes amateur de statistiques, sachez quun quart des citoyens males de la republique grecque est prenommee Iannis, un autre quart sappelle Jurgos, un troisieme quart Costas; quant au dernier quart, il regroupe les autres prenoms usuels.
Bref, le Iannis en question a vite compris que jetais un etranger, bien que jaie fait de pathetiques efforts pour avoir lair dun Grec: lunettes de soleil occultant mes yeux bleus, attitude savamment negligee, epaules en arriere, le bras etendu sur la chaise vide a cote de moi Seulement, pour cette premiere journee de mon voyage, je suis depourvu de parea, et surtout, je consulte la carte en anglais.
En effet, avec les annees, les rudiments de grec demotique (principalement alimentaire) que javais peniblement assimiles jadis restent enlises dans les trefonds de mon cerveau. Ils finissent par ressortir a la faveur dassociations libres: nero pour leau, psomi pour le pain, krassi pour le vin
Je commande donc de quoi mabsoudre de la sauvagerie des companies aeriennes: des boulettes fondantes de fromage frit, du calamar sauté, des frites, un ouzo. Pas dentrée ou de dessert ici: tout se mange en piochant dans les assiettes, surtout si on est plusieurs. Cest la parea qui veut ca.
Quant a louzo, il se sirote avec lenteur. Les Grecs ne sont pas des alcooliques. Ou bien des alcooliques pas presses. Le soleil tape, vous savez!
Commentaires
miam, miam, j'ai faim et ...soif ! Parea, Ouzo, boulettes fondantes de fromage frit ...Belle façon de vivre !
Manque plus que ta parea ...
Ohhh t'es en Grèce ?
La chanceeeuuuuuhhh :o)
Profite profite, écarquille tes mirettes et emplis ton bidon :)
Bon voyage Melfrid
Bah, tous les patrons d'ouzeri s'appellent Iannis.
Normal, l'ouzo, c'est un alcool à Iannis.
Critiquer les snacks d'Alitalia, c'est ne pas connaître ceux qu'on sert sur les vols de la Lufthansa ou de KLM.
Yassou (gia sou), et bon voyage !
Heureuse d'avoir de tes nouvelles... gorge-toi d'Ouzo et de boulettes avant de bouffer des paquerettes dans tes monastéres réservés aux mâles dominant (les montagnes). Une grosse bise.
Rat !
Je suis profondément jaloux de ton escapade. Même s'il n'a tenu qu'à moi de ne pas venir arpenter les sommets de l'Athos à tes côtés. Profite bien et renfloue ton grec.
Kallispera !
Et la musique !? C'est comment la musique !?
Niveau moderne, qu'est-ce qu'on écoute ? Et niveau folklore, on se soule sur quoi ?... ooohhhh s'il te plait Melfrid, tu voudras bien raconter la musique aussi ?...
Nanou, pour la musique, je compte bien approfondir un peu la question tres prochainement, car, lorsqu'on gratte un peu, il y a dans ce pays une creativite poetique incomparable a ce qu'on connait ici. Plus de nouvelles d'ici quelques mois. Les autres: merci de vos encoragements. Des nouvelles tres, tres prochainement.
Dans quelques mois...Tu comptes t'installer là-bas?