Melfrid s'en va-t'en guerre

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dimanche 29 mars 2009

La friandise de Bob

6 clinamen, Saint Ganymède, professionnel
Pendant les voyages aériens, surtout avec escale, on a souvent très faim. Heureusement, la compagnie aérienne hispanique qui me véhiculait avait tout prévu.

Esponjoso

lundi 16 février 2009

Knisper! Knasper! Knusper!

20 gueules, Saint Lafleur, valet

Ils sont là, tout autour de nous. Dans nos poutres et nos parquets. Dans nos cloisons creuses. Ils nous entourent, mais je suis le seul à les entendre. Ils minent la base de notre société occidentale, capitaliste et chrétienne. Au plus profond de la nuit, je me réveille parfois en sueur, et je les entends me grignoter patiemment le cerveau. Le médecin me refuse le scanner, mais je sais qu’ils sont en moi. Ils doivent ronger sans arrêt tout ce qui leur passe sous les mandibules, de peur que leurs dents ne poussent démesurément.

Ils sont trois. Ce sont des petits trolls malfaisants. La mythologie finlandaise les appelle Riks! Raks! Poks! Les Suédois les connaissent sous le nom de Piff! Paff! Puff! Chez les Allemands, allez comprendre pourquoi, ce sont Knisper! Knasper! Knusper!

Pour ma part, je les connaissais sous leurs noms anglophones de Snap!® Crackle!® Pop!®. Chaque pays, en fait, a une manière différente de transcrire l’onomatopée du lait qui fait exploser les alvéoles du riz soufflé comme rompraient des neurones minées par l’angoisse. Dans tous les pays, en tout cas, elle est personnifiée par trois personnages vertically challenged.

Après des nuits de cauchemar, j’ai parcouru en vain plusieurs supermarchés pour retrouver cette madeleine de Proust de mon enfance. Aujourd’hui, la céréale de petit déjeuner s’est sophistiquée en se segmentant. Elle doit être parfumée au chocolat ou nappée d’une solution de miel et de saccharose. Les Rice Krispies® ont disparu.

Visiblement, les trois nabots sont encore populaires chez les Etasuniens où le riz soufflé permet de confectionner des desserts dont ce pays a le secret, mélangé à des ingrédients gras et sucrés: guimauve, beurre de cacahuète, bananes, crème fouettée, chocolat, dragées colorées… Parfois, le tout en même temps.

Réveille-toi, ce n’était qu’un cauchemar.

vendredi 21 novembre 2008

Venez comme vous êtes : seul

17 as, Saint Pangloss, humoriste passif

Le lecteur régulier du blog Melfrid aura compris que j’éprouve assez peu de sympathie pour l’industrie de la publicité, et fort peu d’amour pour l’industrie du “fast food”, quoi que, dans ma vie quotidienne, il me soit plus facile de faire abstraction du second que de la première.

Difficile en effet de faire actuellement abstraction, pour qui vit en ville et en France, de la campagne de la chaîne Mac Donald’s montrant des visages de gens souriants, assortis du message “Venez comme vous êtes”. En soi, ces affiches n’ont rien de désagréable, et ces visages souriants sont même plutôt sympathiques.

C’est ce qu’il me semblait, jusqu’à entendre un cadre de cette chaîne expliquer l’argumentaire qui sous-tend cette campagne.

Les codes sociaux qui régissent l’alimentation, disait-il en substance, sont très rigides dans notre pays. La chaîne en question souhaite mettre en valeur le fait que ces codes n’ont pas cours dans les lieux qu’elle gère.

Il était sous-entendu que les codes en question étaient la bienséance, les heures fixes, le fait d’utiliser des couverts - peut-être également le fait de réprimer les bruits corporels, de manger de manière équilibrée, et, de préférence, de partager son repas avec sa famille et ses amis… Bref, Mac Donald’s nous signifie que chez lui, le repas n’est plus un moment privilégié de vie en société.

Ce message publicitaire, qui se veut pourtant humaniste, remet en question ce qui donne à la nourriture son sens hautement symbolique: le partage, la saveur du produit comme lien aux autres… Des trucs de la vieille Europe, sans doute.

vendredi 7 novembre 2008

Des racines et des ailes

6 as, Saint Omnibus, satyre

Au Moyen-Age, les mets étaient hiérarchisés de la terre au ciel. Les racines étaient réservés aux misérables, les grands volatiles étaient pour les grands seigneurs. Quant aux paysans, ils mangeaient du chou.

Histoire des légumes...

dimanche 24 août 2008

Ouzo me parea

Thessalonique, mercredi soir.

Comme le metro vous crache en surface dans des quartiers inattendus, comme l’ascenseur vous projette sans effort a des altitudes qui bouleversent vos perspectives, l’avion m’a largue brusquement dans cette Macedoine grecque que, voici des annees, j’ai beaucoup aime, et aussi un peu deteste. Me voici donc a Thessalonique avec pour premiere idée en tete celle de laver l’affront que constitue l’infame “snack” qu’ose server la compagnie Alitalia (denoncons-la) sur ses vols.

Il est 16 heures, un moment opportun ici pour envisager de s’envoyer quelques mezze dans une ouzeri.

Me voici donc dans une rue contigue a la place centrale Aristoteles. Pour la premiere fois depuis longtemps, une odeur caracteristique de friture de poissons et de boisson anisee me chatouille les narines, tandis que de vieux airs de rebetiko chevrotent sous le couvercle d’une epaisse glycine. Derriere une vitrine sur deux, des menuisiers fabriquent tabourets de bar et salons de jardin. Les autres etablissements sont des tavernes dont les terrasses debordent sur la chaussee pietonne.

Apres hesitation, je choisis celle qui me semble accueillir la meilleure parea. La parea, chez les Grecs, c’est la compagnie, le cercle d’amis avec lequel partager un bon repas. C’est aussi, avec la famille, le reseau social le plus essentiel.

L’ouzerie To Roptron rassemble de toute evidence des bandes de vieux potes. On comprend vite que le patron s’appelle Iannis. Si vous etes amateur de statistiques, sachez qu’un quart des citoyens males de la republique grecque est prenommee Iannis, un autre quart s’appelle Jurgos, un troisieme quart Costas; quant au dernier quart, il regroupe les autres prenoms usuels.

Bref, le Iannis en question a vite compris que j’etais un etranger, bien que j’aie fait de pathetiques efforts pour avoir l’air d’un Grec: lunettes de soleil occultant mes yeux bleus, attitude savamment negligee, epaules en arriere, le bras etendu sur la chaise vide a cote de moi… Seulement, pour cette premiere journee de mon voyage, je suis depourvu de parea, et surtout, je consulte la carte en anglais.

En effet, avec les annees, les rudiments de grec demotique (principalement alimentaire) que j’avais peniblement assimiles jadis restent enlises dans les trefonds de mon cerveau. Ils finissent par ressortir a la faveur d’associations libres: nero pour l’eau, psomi pour le pain, krassi pour le vin…

Je commande donc de quoi m’absoudre de la sauvagerie des companies aeriennes: des boulettes fondantes de fromage frit, du calamar sauté, des frites, un ouzo. Pas d’entrée ou de dessert ici: tout se mange en piochant dans les assiettes, surtout si on est plusieurs. C’est la parea qui veut ca.

Quant a l’ouzo, il se sirote avec lenteur. Les Grecs ne sont pas des alcooliques. Ou bien des alcooliques pas presses. Le soleil tape, vous savez!

dimanche 3 août 2008

Blanquette de veau à la vanille

21 tatane, Saints Catoblepas, lord et Anoblepas, amirals

C'est simple: vous faites une blanquette de veau, et quand vous avez préparé la sauce, vous la faites bouillir avec une gousse de vanille. Miam.

lundi 30 juin 2008

Higuma, cantine à nouilles

16 gidouille, Saint Inventaire, poète

Les Parisiens trop fauchés pour s'offrir un aller-retour pour le Japon savent que, pour moins de dix euros, ils peuvent en découvrir un aspect rue Sainte-Anne, à la cantine à nouilles Higuma. Rien à voir, je vous rassure, avec les débits de poisson dupliqués à tous les coins de rue par des gens qui voient une légitimité suffisante dans le fait d'être Asiatique pour devenir restaurateur japonais.

À Higuma, si vous ne trouvez pas le raffinement que vous pouvez attendre de ce pays, au moins pourrez-vous y contempler un spectacle que je suppose authentique. Vous pourrez vous attabler derrière un bar en formica exténué qui tient lieu de séparation entre la salle et la cuisine. Vous y serez comme à une loge d'honneur sur un fascinant ballet à flux tendu. En face : un plongeur pakistanais et trois cuistots japonais parmi lesquels une hiérarchie semble établie.

Le premier se contente d'apprêter et de desserrer des paquets de longues nouilles ; ou de puiser le bouillon des soupes au fond d'une immense marmite, presque une citerne.

Le deuxième immerge des raviolis au fond de plaques couvertes d'eau et chauffées à feu vif. Quand l'eau est évaporée, il en laisse griller une face, puis les décolle à la spatule. Il lave ensuite la plaque, et recommence inlassablement.

Le troisième est de loin celui qui a la plus lourde charge, celle portée par trois grands woks posés en permanence sur des foyers à travers des sortes de lunettes de WC qui permettent de reconstituer l'ordre terrestre : le feu dessous, l'eau autour.

Dans ces woks, le maître-nouilles lance, imperturbable, les différents ingrédients de plats dont il déchiffre simultanément les libellés sur les tickets empilés par les serveurs : nouilles, riz, porc, légumes, soja, calamar… À chaque volée de nouilles dans l'huile, des flammes monstrueuses s'élèvent une seconde, avant d'être prestement maîtrisées en un ou deux sauts de poêle. Un pas de rumba, deux gigotements de twist, une torsion de tango, et les plats, emmenés dans la danse, ont tôt fait d'être à point.

Le wok se vide et, sans qu'il quitte le feu, on le remplit d'eau et on le récure à la brosse métallique. Il est prêt pour la prochaine fournée.

dimanche 15 juin 2008

Bon goût Suédois

1 gidouille, Sainte Bouzine, esprit

Pour le Français féru des mets que produit son pays, un voyage en Suède implique d'accepter de manger du hareng sucré ou des boulettes de porc aux airelles. C'est un peu rude, mais il y a parfois du bon à y prendre.

Du côté de la nourriture de rue, en revanche, l'unique enseignement à tirer est que si les Français nourrissent un certain nombre de phantasmes envers les Suédois(es), l'inverse peut aussi être vrai:



Car le kiosque à hotdog est chose aussi courante à Stockholm que le kiosque à journaux l'est à Paris. On peut le déguster en toute sobriété, avec un simple trait de moutarde du meilleur goût:



... Ou bien exprimer sa créativité en l'agrémentant de toutes sortes de sauces:



En revanche, là, je m'interroge:



Se trouvera-t-il un lecteur en mesure de nous éclairer sur ce mystère?

jeudi 3 avril 2008

La basse-cour et le ruisseau

11 clinamen, St Maquereau, intercesseur

Au fond d’une basse-cour coulait un ruisseau. Les pierres en faisaient chanter le cours. Voilà un domaine pour un gamin. Ce sont toujours les enfants qui chassent les écrevisses : soulever les caillasses dans un filet d’eau, le bas du pantalon relevé, ce n’est guère un sport d’adultes. Les adultes, pendant ce temps, ils entrent dans le poulailler avec un grand couteau et une bassine afin d’y prélever un poulet.

C’est ainsi qu’a pu naître l’idée d’un grand classique des dimanches de la cuisine bourgeoise : le poulet aux écrevisses.

N’ayant pas trouvé de ruisseau salubre où s’abriter dans ma petite ville de banlieue parisienne, les écrevisses hibernaient depuis quelques mois dans mon congélateur. Le printemps venu, j’avais résolu de les réveiller en les invitant à une petite sauterie au fond de ma cocotte en compagnie d’une aimable volaille. Un simple coquelet m’avait semblé mieux proportionné à l’appétit de deux convives. Vingt écrevisses pour un volatile aussi jeune : petit veinard, va.

Je fis donc entonner à ce chœur de crustacés la mélodie du ru printanier. Le coquelet s’en trouva tout attendri. Miracle, il se revêtit d’une robe orangée et d’une saveur à l’avenant. Lui aussi se sentait un peu crustacé. À lui qui n’avait connu de la vie que quelques mois de perchoir, de grain et de « libre parcours », on avait chanté l’onde fraîche du matin, la compagnie des alevins, le chant des grenouilles… Un peu plus, et il lui aurait poussé des pinces.

Mais les écrevisses n’avaient pas terminé là leurs aventures. Ne manger que leur queue fringante aurait été leur faire insulte. Pourquoi alors Dieu leur aurait-il donné une tête, des branchies et même une pince charnue, quoique fortifiée d’une épaisse carapace ? À la vérité, il est peu de techniques modernes qui ne viennent à bout de cette dernière mieux que le bon vieux moulin à légumes à manivelle. Une fois concassées, réchauffées dans un bouillon, lequel fut ensuite filtré, j’en ai obtenu la bisque, un liquide substantifique brun recouvert d’une pellicule rouge comme le homard honteux. Liée avec jaune d’œuf, crème et beurre, elle a constitué un consommé de luxe pour un dimanche soir langoureux.



dimanche 2 mars 2008

Lettre de Saint Paul Bocuse aux Parisiens

7 pédale, Saint Gavroche, forain

Mes frères,

Lorsque vos pas vous portent vers la capitale des Gaules, vous rendrez grâce aux saints apôtres de la gastronomie. Saint Bobosse patron des andouilles, fruits des entrailles ; la Mère Richard, conceptrice de l’immaculé Saint-Marcellin, ainsi qu’à toute la litanie des bouchers, pâtissiers et boulangers dont vous trouverez les chapelles en mon Temple de Part-Dieu.

Votre chemin de croix vous fera ensuite passer par plusieurs stations où, en mémoire de moi, vous prendrez chacun de vos repas comme si c’était le dernier. Chez Hugon, vous desserrerez votre ceinture pour la première fois : poulet au vinaigre. Au Petit Flore, le soufflé au brochet fera descendre sur vous le Saint-Esprit. Chez Joseph Viola, gardien de la Sainte-famille des quenelles et du foie de veau, vous desserrerez votre ceinture pour la deuxième fois. Enfin, à la brasserie Georges, un bon Alsacien vous fera boire un peu de bière pour faire passer tout ça.

jeudi 28 février 2008

Chronique des fonds de frigo suite : la soupe aux choux

6 pédale, Vers Belges

Le chou est d’autant plus un légume d’hiver qu’il se conserve au bas du frigo autant de temps qu’il faut pour épuiser auparavant tous les légumes de saison.

C’est donc après de longues semaines que je me suis décidé à la couper, cette tête de chou, afin d’en faire l’épine dorsale d’une soupe tout-venant.

Débitée en feuilles, blanchie pour lui faire perdre son acidité gazogène, la tête a rejoint dans la cocotte quelques oignons qui brunissaient gentiment. Les fanes des radis mangés le midi même ne gâteraient rien. Enfin, des patates pour lier le tout et un demi-pot de crème pour arrondir les angles, et j’avais de quoi caler au chaud cette longue soirée de fin d’hiver. Régal.

mardi 26 février 2008

La diète occitane

5 pédale, Saint Ouducul, trouvère

Je m’en viens du pays cathare, terre de surprenants contrastes.

Comme on pouvait s’y attendre, nous y avons trouvé cette admirable gastronomie qui repose entièrement sur un lac de graisse de canard. Comme nous l’escomptions, nous avons donc enchaîné, au déjeuner comme au dîner, de succulents plats en sauce : lapin au lard, cassoulet, coq au vin…

Bien sûr, afin de dissoudre dans de sains efforts ces flots de lipides, nous avons occupé les intervalles entre deux repas à des randonnées à la découverte des châteaux cathares et d’autres splendeurs de cette région.

Le soir venu, nous trouvâmes le repos dans les nombreux gîtes d’étape des environs. C’est là, principalement, que nous avons découvert sa seconde culture.

Dans ces fermes désertées depuis longtemps par le laborieux paysan occitan se sont implantées, en nombre considérable, de nouvelles races : le hippie, le mystique, le new-age, le macrobiotique, le marginal, l’écologiste…

Nous nous trouvâmes donc autour d’une table rustique à faire mijoter une viande en compagnie d’une dizaine de dames dans la force de l’âge qui, au cours d’un «stage chamanique», pratiquaient la diète.

Alors que nous nous étions préparé d’abondantes salades, un coq au vin, des fromages de Pyrénées affinés à point et un armagnac digestif, nos colocataires ne s’autorisaient durant six jours que carottes, courgettes et galettes de riz.

Partagés entre esprit de provocation et embarras, nous n’arrivâmes pas à déterminer qui détenait la vérité.

La question, cependant, ne nous empêcha pas de dormir.



dimanche 20 janvier 2008

Les frémissements de l'hiver

23 décervelage, Saint Tank, animal

Au fil du marché, de semaine en semaine, j'aime détecter les frémissements des saisons. En l'occurence, il serait prématuré de dire qu'on peut percevoir des signes avant-coureurs du printemps. Cependant, à y regarder de très près, on sent que l'hiver n'est pas une morte saison comme on voudrait bien le croire. A son stade réputé le plus rude, la nature est toujours en mouvement; ou du moins, elle frémit.

Ainsi, primevères et narcisses sont déjà sur l'étalage du fleuriste.

Sur ce petit marché de la proche banlieue parisienne, une maraîchère tient depuis quarante ans son petit stand où elle mêle des fruits ardéchois à quelques légumes de sa propre production. Septuagénaire, le cheveu mis en plis, elle calcule toutes ses additions à la main. Les petits bouts de papier griffonnés constellent ses cageots. Quand on lui parle, elle confie à regret que la moyenne d'âge de ses clients augmente désespérément, que les jeunes préfèrent le supermarché...

Ils ont bien tort, car ils ratent le premier pissenlit de l'année. La dame a en a cueilli elle-même les petites pousses encore tendres. Amis, c'est maintenant le moment où vous pouvez faire mollir les oeufs et suer les lardons. C'est le moment de déguster une excellente salade du milieu de l'hiver.


(Clique)

dimanche 13 janvier 2008

Chronique du fond du frigo

16 décervelage, Saint Mauvais, sujet

Pour deux euros, on trouve deux maquereaux sur n'importe quel marché. Un poisson qui présente le triple avantage, outre d'être bon marché, d'être savoureux et de ne pas faire partie des nombreuses espèces marines menacées.

L'ami Kerguelen m'avait recommandé la cuisson en papillotte. Il ne manquait qu'à dresser l'état des lieux de mon réfrigérateur: une carotte, un citron, de la moutarde à l'ancienne, une branche de cèleri, un vieux restant de tzipouro (un alcool du Nord de la Grèce - faute de vin blanc), de l'ail, de la crème.

C'était largement assez pour tenir compagnie à nos deux petits amis le temps d'un séjour de vingt minutes.



dimanche 6 janvier 2008

Bijoux de famille

7 décervelage, Saints Forçats, pollorcètes

A l'apéritif ou en entrée sur un lit de salade, étonnez vos amis avec les bijoux de coq, une spécialité auvergnate raffinée.



jeudi 26 juillet 2007

Take it to the top

13 tatane, Saint Dada, prophète

Les Britanniques ont le sens du militantisme. Ils achètent des tiers de page dans les grands quotidiens nationaux pour demander à ce que les pintes de bière soient entièrement remplies, et non à 90% seulement.

S'étant envoyé récemment derrière la cravate quelques-unes de ces succulentes ales locales à la robe ambrée et au nez de noisette, Melfrid soutient officiellement la noble cause.

Stockés sur leurs levures, ces breuvages ne sont ni pasteurisés ni pressurisés, et ne voyagent donc pas. Ils sont vivants. Ils sont à consommer sur place, dans un pub, un inn ou une free house quadricentenaire aux boiseries enfumées.

samedi 31 mars 2007

Bêtes à côtes

9 clinamen, Sainte Trique, lunatique

Il ne faut jamais rester brouillé à vie avec les mets qui nous ont déplu pendant l’enfance.

En vertu de ce sage principe, j’ai acheté ce matin des blettes à mon maraîcher, la noble famille Dewarrevaerre, dont j’ai toujours du mal à orthographier le nom. Pour leur tenir compagnie, j’ai aussi acheté un grand filet de sébaste, que mon poissonnier m’a présenté comme une rascasse.

Bien entendu, notre réconciliation eût été impossible sans quelque corps gras. J’ai donc ajouté à mon panier un petit pot de crème. Mais la clef de cette alliance ne pouvait résider que dans une épice un peu forte et parfumée. Le plat serait donc un curry.

L’affaire était entendue : les côtes des blettes allaient être cuites à la vapeur en compagnie du poisson. Un demi-fenouil, qui s’ennuyait dans mon frigo, pourrait les accompagner. Les feuilles allaient quant à elles revenir dans un peu d’huile avec deux échalotes. La réunion de l’ensemble se ferait cinq minutes plus tard, avec crème et curry. Point n’était besoin d’y passer des heures.

A l'origine de couleur ivoire, les côtes de blettes (que mes parents appellent bettes) ont pris une teinte violacée à la cuisson. Associées à l’ensemble, elles apportent une petite note de noisette à ce joli concert; le tout passant mieux avec un fond de mâcon villages.



dimanche 18 mars 2007

Ex-strème

26 pédale, Saint Pâle, mineur

C'est à la fin d'un dimanche oisif que vous est venue l'idée de remettre en fonction le gaufrier qui vous servait depuis longtemps de presse-livres de cuisine.

Il vous fallait une idée neuve. vous ne pouviez donc nous satisfaire de la gaufre fade en pâte à crêpes qu'on vous sert à la foire du Trône.

Heureusement, Internet passe les frontières. Grâce aux nouvelles technologies, vous vous êtes mis en rapport avec un site belge consacré à la "strème".

C'est ainsi que s'est ouvert à vous le vaste et plat pays de la gaufre, de Liège à la Flandre, de Bruxelles à Namur... Chers compatriotes, sachez que la gaufre se lève à la levure organique de boulangerie. On y incorpore en une subtile alchimie tous les sous-produits imaginables de la Betterave nationale: mélasse, cassonade, sucre perlé, sucre sciure, vergeoise, sucre candi... On la graisse au saindoux; on l'aromatise à la cannelle ou au rhum.

Vous avez donc opté pour la recette des gaufres liégoises, à la fois épaisses et moelleuses, croustillantes à l'attaque et tendres au coeur.

La façon de la pâte est en soi une expérience. Elle n'est pas liquide, mais souple et athlétique, sur le qui-vive. Sous vos doigts, elle s'aère dans la vie naissante des petits enzymes qui s'éveillent dans la levure. Une fois bien pétrie, elle prendra vite une texture grasse et mobile. Il sera temps de la réserver un peu pour la laisser "pousser". Tendez alors l'oreille: vous l'entendrez chanter.

Tandis que la pâte poussera, le fer, lui, chauffera jusqu'à la limite de rougir. Vous étalerez alors un petit pâton sur le moule et laisserez opérer la chaleur. Finalement, vous sortirez ces lourds carrés parfaits ou ces grillages esquissés, dégradés du beige pâle au brun.

Vous serez alors certainement digne de vous faire introniser par la Confrérie de la Gaufre liégeoise.



samedi 3 mars 2007

Karram-kurram-kurram-karram

9 pédale, Saint Remezy, évêque in partibus

J'aime parfois faire une petite expédition au Passage Brady, dans le dixième arrondissement de Paris. Non seulement je m'y fais couper les cheveux pour quelques euros, mais en plus, avec l'économie réalisée, je peux acheter d'étranges produits alimentaires:



Il s'agit en l'occurence de ces crêpes craquantes au cumin que les restaurants indiens vous servent au moment de l'apéritif. Elles existent aussi au piment, aux graines de moutarde, et à bien d'autres épices. Pour les cuire, il suffit d'un aller-retour dans l'huile chaude. Kurram-karram!

vendredi 9 février 2007

Elle descend de la montagne...

12 gueules, Saint Membre, compilateur


lundi 6 novembre 2006

Le monde de Nemo

3 as, Couronnement de Lord Patchogue, miroitier

Merci d'avoir été prompts à pronostiquer mon avenir dans la mousse du café. Je ne laisserai cette fois que peu de doutes sur celui de l'inquiétant animal qui a transité par ma passoire: ébullition, découpage, marinade, gril, assiette. Un régal.



mardi 24 octobre 2006

Lire dans la mousse du café

19 haha, Saint Raphael, apéritif et philistin

N'ayant pas le réflexe divinatoire, j'ai pourtant été interpelé ce matin en buvant mon espresso.

Un signe du destin?



mardi 5 septembre 2006

Chculture

25 phalle, Nativité apparente d'Artaud le Momo

Somme toute, Melfrid a des dimanches bien ordinaires.







mardi 14 mars 2006

Tout est bon dans le cochon. Je dis bien: tout

20 pédale, Ste Cuisse, dame patronnesse

Sous vos yeux esbaudis (comme Dominique), je vais me livrer sans honte à briser un épais tabou contemporain en vous décrivant un plaisir coupable. Eloignez du poste les jeunes filles sensibles, les personnes de nationalité britannique, celles de confession musulmane et tous les amateurs de choses raffinées.

Je vais vous parler d’une spécialité lyonnaise et bourguignonne qui est, au sens littéral, l’incarnation la plus parfaite et la plus aboutie de la fameuse maxime « Dans le cochon, tout est bon ». Ce sont les grattons. Les grattons dépassent en archaïsme et en rusticité le pied, la cervelle, le lard ou les tripes. On pourrait les considérer comme des résidus de lèchefrite ; pourtant ce sont des friandises.

Imaginez.

Vous êtes-vous déjà surpris à imaginer comment on obtient le saindoux, cette graisse blanche qui faisait jadis le régal simple des enfants de nos campagnes en entrant dans la composition de la pâte à tarte ?

On prélève toutes les parties les plus grasses de l’animal qu’on rassemble dans une marmite. On laisse rissoler quelques heures sous un feu mourant, puis on presse en filtrant. Le pur liquide transparent qui se solidifiera vite en un glacis immaculé, c’est le saindoux. Les morceaux brûlants qui restent sous la presse sont les grattons.

Les grattons croustillent sous la dent et fondent dans la bouche. Le simple fait de les déguster constitue une insulte au marketing culinaire, à la diététique, aux restaurants de la rive gauche, aux snobs qui préfèrent parler de « fooding » que de gastronomie. C’est pour cela que je les adore.

Vous ne les trouverez sans doute pas en vente libre dans les grandes métropoles. Si vous en cherchez, faites-moi signe. J’ai mes filières.



lundi 26 décembre 2005

Voeux de saison

25 sable, Nativité de l'Archéoptéryx

Bûche pâtissière aux noisettes, mousse noisettes, mousse chocolat sur support moëlleux praliné. Les fêtes ont du bon.



mardi 20 décembre 2005

L'essence chromatique

16 sable, St Nul, exempt

Yves Klein a consacré une partie de son œuvre à la recherche d'un bleu parfait qui incarnait les motifs les plus abstraits de la nature tangible et visible.

Madame Baudoin, ma pâtissière-confiseuse préférée du marché de ma petite ville de la proche banlieue parisienne, a elle concentré le substrat combiné de la terre d'Ile-de-France et du soleil d'août en un pot de gelée de coings dont je vous livre, photographiée sans trucage, l'épure monochrome.



samedi 10 décembre 2005

Mon estomac repasse le Rhin

14 sable, Don Quichotte, champion du monde

(suite de la note précédente)

Le lendemain, tout juste débarqué à Strasbourg, la première des urgences est de me trouver quelque cantine où déjeuner. Un restaurant nommé A la tête de lard retient mon attention. Sachez, chers lecteurs, que l’Alsacien n’hésite pas à mélanger les viandes. Il faut bien de l’audace, à mon avis, pour réunir le bœuf, le cochon et l’agneau avec quelques légumes dans une même cocotte de terre cuite bleue, et laisser au vin blanc le soin de ménager une atmosphère propice à restaurer l’harmonie entre des tempéraments si opposés. L’Alsacien intitule cela le baeckoeffe.

Malheureusement, le chef qui était ce jour-là au fourneaux n’a sans doute pas déployé suffisamment de talent pour résoudre la complexe équation posée par les temps de cuisson très différents qu’exigent les trois viandes. Le porc se délitait déjà quand le bœuf restait encore trop cartilagineux.

Vraiment, j’en viens à me poser une question transgressive, voire blasphématoire : la bonne gastronomie est-elle forcément du côté du Rhin qu’on imagine ?

vendredi 9 décembre 2005

Mon estomac passe le Rhin

9 sable, St Sagouin, homme d'Etat

Les déplacements professionnels sont pour des millions d’employés français l’occasion attendue de joyeuses étapes gastronomiques subventionnées. Grâce aux miracles affectifs qu’opèrent les assiettes bien garnies, l’employé oublie la solitude des hôtels et le mal du pays.

Chers lecteurs, vous vous doutez bien que je ne suis pas homme à déroger à ce genre de tradition. Envoyé en mission dans les terres orientales, j’ai eu l’occasion de faire mentir le préjugé franchouillard selon lequel il ne se mange rien de bon sur les rives du Rhin.

Chez nos voisins allemands dont on dit trop peu de bien ici, j’ai choisi une taverne aux couleurs d’une grande brasserie munichoise. Grand bien me prit. Après un long moment passé à faire appel à mes restes de lycées pour déchiffrer la carte, je m’arrête sur la page dédiée au Grünkohl (littéralement : chou vert). Je choisis un plat semblant rassembler un éventail le plus large possible des talents du chef.

Il s’avère que le Grünkohl consiste en une mixture à base de feuilles de bettes revenues dans un jus de viande avec oignons et aromates. En plus de cela, une savoureuse choucroute aux oignons confits et une purée lisse gorgée de beurre s’avèrent bien nécessaires pour accompagner toutes les viandes : petit salé, saucisses blanches, saucisses aux herbes.

Tandis que je déguste l’ensemble accompagné d’une bière ambrée, de gargantuesques jarrets de porc roses encombrant de grandes assiettes atterrissent aux tables voisines. Repu, je conclus avec un léger schnapps à la mirabelle, et rentre travailler à mon hôtel. Triste vie d’employé.

A suivre sur ce blogue : l’estomac de Melfrid repasse le Rhin.



samedi 12 novembre 2005

Une oasis s'assèche

10 as, St Abstrait, bourreau

Dans une petite rue de l’Est parisien, le bar-restaurant La Côte d’Opale est plus ou moins le seul commerce.

A 11 heures, à La Côte d’Opale Fabrice boit son quatrième Casanis. En ce jour férié, il a déjà travaillé toute la matinée «avec le camion». Fabrice a la trentaine. La peau marquée par tatouages et cicatrices, sourire de gamin, il a l’air d’une brute au cœur tendre. Au bar, ses interlocuteurs ont bien du mal à l’arrêter de parler. Après vous avoir montré son auriculaire écrasé «comme une tomate» par un poids de vingt tonnes qui maintenant «ressemble à un gland», il vous détaille sa dernière nuit d’amour. «Je lui demande : t’as pas joui ? - Non. - Moi non plus. On se boit une bière ? Et on remet ça…»

A midi, à La Côte d’Opale, madame Girod entre avec ses deux amies. Tout le monde au bar doit s'interrompre, parce qu'il faut leur faire de la place, le temps qu'elles gravissent les marches, ouvent la porte, et entrent, accueillies par Morad, le serveur. Les trois octogénaires vont s’asseoir comme tous les week-ends à la table du fond et commanderont une grillade. A travers la porte de la cuisine ouverte s’allume une flamme bleue et orange qui dépasse d’une poële enrobée d’une dizaine d’années de matières grasses carbonisées.

A treize heures, à La Côte d’Opale, Mickaël, jeune cadre bancaire, s’attable avec Taoufik et Charles pour manger un couscous. Tout le monde sait que Charles s’appelle en réalité Mohammed, mais ça lui fait plaisir de se présenter ainsi aux inconnus. Taoufik garde un oeil attentif sur un couffin posé à côté de lui, parce que sa femme travaille. Charles, lui, caresse le menton rond de son petit Abdel, six ans, puis boit le sirop de sa salade de fruits.

A quinze heures, à La Côte d’Opale le coup de feu est terminé. Le patron sort de sa cuisine. Il salue ceux qu’ils n’a pas vus, et embrasse la salle du regard. On devine l'émotion logique que doit procurer chez lui le fait d'arriver au terme de vingt-cinq ans de carrière. La Côte d’Opale fermera à la fin du mois. Le bail est repris par une dame que les habitués voient venir avec méfiance. Elle veut ouvrir un bar à vins. Le vin, il gagnera certainement en qualité. La nourriture, sans doute aussi. L’hygiène ne s’en plaindra pas. Mais qu’est-ce que c’est triste.

mardi 8 novembre 2005

Il fut un temps où l'on savait vivre, monsieur

6 as, St Omnibus, satyre

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