3 phalle, St Zebb, passe-partout
Si tant de gens écoutent la radio le matin, cest que sur la page blanche de nos cerveaux embrumés où se sont évanouis dabsurdes rêves, on a besoin dinscrire une première idée qui nous servira dancrage dans la réalité, de peur que notre cerveau senvole à nouveau dans le sommeil.
Hier matin, jécoutais donc la radio en mastreignant pataudement aux quelques mouvements que mavait recommandé
mon kinésithérapeute sous la menace de voir mes vertèbres se sceller un jour les unes aux autres.
Au moment de la revue de presse, une journaliste rapportait une information des plus futiles sur les photographies que
les magazines les plus iniques avaient prises des hommes politiques en vacances. Il en ressortait que si tout des vacances de Nicolas Sarkozy étaient de la communication à létat pur, en revanche, François Hollande avait commis ce quon pourrait considérer comme un impair anecdotique : il lisait
LHistoire pour les nuls, des origines à 1789.
Là, les jambes tendues, le buste courbé, je marquai un temps darrêt. Après le désastre de 2002, javais sérieusement envisagé cette fois de donner ma voix au Parti socialiste. Dun coup, lenvie men était coupée.
Comment ? Cet homme, premier secrétaire du Parti socialiste, assis à la place de Jaurès, de Blum et de Mitterrand fait par cet acte manqué laveu de nullité en ce qui concerne le destin collectif de notre peuple ! Il serait donc nul pour ce qui concerne lancien régime, le siècle des lumières, Rousseau et Voltaire ? Nul sur le roi Soleil, la Régence ? Nul sur les protestants, les jansénistes ? Nul sur la féodalité, la guerre de Cent ans, les Mérovingiens, les grands ducs ?
Un président de la République, cest un chef, cest LE chef. Un chef de droite, on lui en demande peu : cest une espèce de super-flic, gardien du capital des grands bourgeois et protecteur de la veuve et de lorphelin pour limagerie populaire.
Mais un chef de gauche, cest autre chose ! Il a le devoir de parler à lintelligence. Il a la culture, lexpérience de la vie, de la nature, des lettres et des sciences. Ses discours ont du souffle et de la profondeur. Celui avec qui jai grandi ne cachait pas un amour sincère des poètes démodés comme Lamartine, Claudel ou même Barrès. Ses livres, qui sapparentaient voici trente ans à des blogues de haut vol, décrivaient un quotidien où les grandes figures intellectuelles ou politiques des années soixante-dix côtoyaient l'évocation des faits darmes de Duguesclin ou des saillies de Talleyrand.
Un exemple
pris au hasard : «
Dénationaliser les Postes serait faire mentir Louis XI, qui mit jadis la main dessus ». ou «
La bourgeoisie (...) dispose des grands moyens audio-visuels. Camille Desmoulins attendra la prochaine révolution. »
Raillez-moi si cela vous fait plaisir, je suis bien conscient de vous avoir servi mon petit chapitre mitterrandolâtre. Vous aurez bien noté que j'évite d'aborder le bilan des deux mandats pour ne m'intéresser qu'à la question de létoffe. Il nempêche quon ne sétonnera pas du fait que la politique néchappe pas à la pusillanimité si on est incapable, par sottise, par obscurantisme et par inculture, de sinscrire dans une destinée historique.
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