Voilà. L’écologie politique est passée de 18 à 2 %.
Moi aussi, j’aurais voulu que ça marche. J’aurais aimé croire qu’Eva Joly, en dépit de toutes les apparences, réussisse à toucher du doigt l’intelligence des électeurs.
Mais depuis l’été dernier, je n’y arrivais pas.
Les Français sont tout disposés à croire que la question de l’environnement est déterminante pour notre avenir à long terme. Si on prenait le temps de leur expliquer, ils pourraient même comprendre qu’en prenant un peu de hauteur y a là un relais pour une autre croissance, pour rebâtir un système plus cohérent sur de nouvelles bases, dans une optique de solidarité et de démocratie. C’est l’écologie politique.
Seulement, les Français sont un vieux peuple latin dont l’inconscient est torturé par des siècles d’endoctrinement catholique, même s’ils ne sont plus nombreux à aller à la messe.
Cela les mène à une espèce de névrose, une tension insoluble entre la mauvaise conscience du comportement honteux à bannir, l’angoisse de se le voir reprocher et le besoin profond de s’en libérer.
A tort ou à raison, la question écologique renvoie irrémédiablement la plupart des gens à leurs propres comportements individuels. Quand il m’arrive de soulever la question de l’écologie en général avec un voisin ou un oncle, j’ai généralement la même réponse : «Ah oui, c’est important. Moi, je voudrais bien trier mes déchets, mais voilà, je manque de place.» Bien que je me sois gardé de tenir le moindre propos accusateur, mon interlocuteur entre tout de suite dans la culpabilité et la justification.
C’est pourquoi, au mois de juillet, quand j’ai appris que les écologistes avaient choisi comme candidate une juge d’instruction de culture protestante, je me suis dit qu’on pouvait difficilement faire un choix moins en phase avec la bonne manière de parler d’écologie en France.
C’est d’un bon avocat dont les écologistes avaient besoin, pas d’une juge.
Oui, Eva Joly est une femme admirable de ténacité et de probité. Oui, l’écologie politique avait besoin d’elle face aux comportements de prédation des grandes entreprises sur la société et son environnement. Oui, elle jouait parfaitement son rôle au sein d’une équipe aux multiples compétences sur les listes européennes. Mais que ne s’en est-elle tenue là?
On peut blâmer la Ve République qui n’est qu’un absurde concours d’éloquence et de marketing politique. Cette vieillerie est certes à mettre au placard au plus vite. On peut aussi s’en prendre aux médias qui sont un miroir magnifiant du narcissisme ambiant.
Mais les écologistes ont choisi d’envoyer un candidat. Il fallait alors jouer le jeu afin de se mettre en position d’en changer les règles par la suite.
Les écologistes arriveront à leurs fins quand ils comprendront qu’on n’arrivera pas à changer le monde en cherchant à tout prix à ce que le monde nous ressemble, nous, militants au cœur pur, intègres, de gauche, avec nos référents culturels et politiques bien à nous…
Non, l’ensemble de la France ne nous ressemble pas. Et pourtant, il est urgent de la faire changer.
Pour convaincre, il faut donc faire comprendre à ceux qui ne nous ressemblent pas que nous avons tous quelque chose en commun. Que parfois, nous aussi, nous oublions de trier nos déchets, et alors ? Que certains d’entre nous font de la moto, partent en vacances au bout du monde ou vendent la licence de leur marque pour des flacons de shampoing; bref, ne pas chercher à jouer toujours au plus pur, au plus solidaire, au plus vertueux.
En se prenant pour le Messie, en arrivant trop tard et en repartant aussitôt, Hulot a montré à quel point il n’était pas non plus très doué pour la politique. Cependant, au-delà même de sa notoriété télévisuelle et de ses talents d’orateur, il incarnait la sincérité d’un converti sur le tard. Il est un écolo imparfait, et c’est précisément cette imperfection qui fait que les Français peuvent s’identifier à lui comme quelqu’un qui peut changer.
On ne refera pas l’histoire, et il n’était pas garanti qu’un candidat Hulot ne se fût pas transformé lui aussi en machine à bourdes. Cependant, je rêve que les écologistes, un jour, choisissent de prendre la société comme elle est pour la mettre sur les meilleurs rails, plutôt que de jouer éternellement les Don Quichotte.
Il fait très chaud en ce mois de mai, et c’est plaisir que de pénétrer dans la salle climatisée de l’Automobile Club, dont l’élégante entrée donne sur la place de la Concorde, la plus belle bretelle d’autoroute de France. Derrière les épais voilages des fenêtres à la française de ces salons feutrés, on aperçoit, dans la perspective des Champs Élysées, au bout du long serpent métallique immobile de la circulation, l’Arc de Triomphe nimbé d’un superbe halo à l’intense gris purpurin.
Bref, le lieu est idoine pour célébrer la déesse Bagnole, aujourd’hui profanée par ceux qu’on croyait être ses meilleurs défenseurs.
Aujourd’hui, l’heure est grave : le gouvernement, qui avait pourtant été jusqu’à maintenant de tous les combats pour sauver l’Industrie Automobile Française, veut retirer les panneaux qui avertissent les automobilistes de la présence des infâmes radars, ces atroces machines de mort du permis à points qui aliènent les libertés fondamentales de l’automobiliste.
Mais je vois que le président de l’AFFTAC monte à la tribune, et s’apprête à prendre la parole.
Nous représentons des millions de conducteurs responsables qui font une route plus sûre en respectant les limites de vitesse quand ils voient un panneau d’avertissement de radars. Monsieur le ministre, si vous les supprimez, ils ne ralentiront plus, ne pourront donc plus respecter la limite, ce qui inévitablement générera de graves accidents que vous aurez sur la conscience !
Dans la salle, des murmures d’approbation, des hochements de tête ponctuent le raisonnement. Certains, imperméables au bon sens de la droite populaire, se grattent la tête et demandent des explications à leur voisin.
Cependant, les technologies d’aide à la conduite, fines fleurs de la hi-tech à la française, doivent se diversifier face aux attaques des gauchistes politiquement corrects qui sévissent même dans notre joli gouvernement. Nous vous présentons donc nos dernières innovations.
Tout d’abord, voici le klaxon à synthèse vocale et à commande au volant qui évite à l’automobiliste de baisser sa vitre pour insulter son semblable. Ainsi, vous gardez les deux mains sur le volant, ce qui améliore votre sécurité.
Ensuite, voici un panneau lumineux défilant sur lequel vous pouvez afficher toutes sortes de messages lorsque vous garez votre véhicule sur une place pour handicapés, une piste cyclable ou un trottoir. Comme le clignotant ou l’avertisseur, il permet à l’automobiliste de mieux communiquer avec son entourage, et donc d’améliorer la sécurité de tous. Comme vous pouvez le voir, les messages sont variés : j’en ai pour 5 minutes, j’achète des cigarettes, ou l’amusant je prends ta place, mais ton handicap, tu te le gardes…
Enfin, voici notre nouvelle gamme de confiseries au charbon actif qui masquent les vapeurs d’alcool de l’air expiré. Résultats garantis pour tous les éthylotests. Nos bonbons remplacent votre haleine d’alcoolique par votre parfum favori. Que vous soyez essence ou diesel, nous avons le goût qui vous plaît. Ainsi, vous pouvez profiter de ce moment convivial qu’est l’apéritif, et diminuer votre stress au volant, ce qui améliore la sécurité de tous !
Soudain, dans l’assistance, des hommes se lèvent, applaudissent à tout rompre. Ils sont trois, ils sont quinze, ils sont quarante ! Ils crient À l’Élysée ! Un formidable espoir se lève ! 2012, nous voici !
Enfin seul ? Dominique SK ouvre les yeux, les referme, les ouvre, les referme… Il s’étale sur un canapé plutôt bas de gamme en skaï blanc. Autour de lui, ce n’est plus la prison, c’est un appartement. Pourtant, le mobilier est trop fonctionnel pour lui donner le moindre début d’un sentiment de liberté. Au sol, de gros carreaux grisâtres. Au mur, une trame de fibres de verre est recouverte du blanc mat réglementaire chez tous les bailleurs qui veulent un minimum de problèmes avec leurs locataires. Plaqué au plafond, un climatiseur balaie la pièce d’un air glacial qui, comme un seau d’eau dans une baignoire d’huile, semble ne pas se mélanger à la chaleur renfermée de la pièce. Ca sent la peinture qui a été neuve, le tabac froid et la graisse de cuisine. Il y a un téléviseur, une cafetière, toute une batterie de cuisine, et même, au mur, de fades reproductions de Paul Klee, Mondrian et Hopper.
Dominique SK referme les yeux : « Non, ce n’est plus la prison, mais c’est l’appartement des matons. En plus, c’est moi qui paie. Et ce con de planton qui me bloque la porte d’entrée, c’est moi aussi qui le paie. Je paie cette boîte pour m’enfermer dans cette taule et pour m’empêcher de sortir. Pays de fous… Je ne le vois pas, ce planton, mais je l’entends vivre derrière la porte, dans le couloir. Il n’est pas discret. Il fait les cent pas. Parfois, fatigué, il laisse tomber lourdement ses grosses omoplates contre la porte. Souvent, il parle, au téléphone, à sa femme ou au type qui est posté en bas. “- Everything’s fine ? - All is fine, man...” Il craint peut-être que je sorte pour l’égorger ? Asshole. »
Dominique SK rouvre les yeux. A quoi sert-il, ce planton ? S’il lui venait l’idée débile de franchir le pas de la porte, que ce soit pour fuir ou pour aller s’acheter un paquet de clopes, le bracelet électronique qu’il a à la patte lui enverrait en trois minutes une bonne centaine de flics - et retour à la case Rykers island.
A bien y penser, la prison était peut-être préférable. Au moins, c’était sans ambiguïté. En contrebas, Dominique SK peut voir le drugstore, le Starbucks, une salle de culte évangélique. La vie des gens normaux, jusqu’à maintenant, ne l’avait jamais trop intéressé. Aujourd’hui, elle lui apparaît comme à une âme du purgatoire : vue d’en haut, hors de portée, révolue pour ce qui le concerne.
Dominique SK referme les yeux. « Finalement, quelle différence ça ferait si j’étais mort ? Je vais finir mes jours en prison, le monde entier me considère comme un pervers. J’étais le sauveur de l’Europe, l’avenir de la France, le de Gaulle à Londres du Parti Socialiste ; et d’un coup de bite, me voici aux poubelles de l’Histoire. C’est comme ces bons petits pères de famille qui partent en congés payés dans leur petite bagnole avec leurs mioches, et paf, inexplicablement, un coup de volant mal placé, une tragédie… »
Tout cela ne doit rien au hasard.
Dominique SK rouvre les yeux. « Putain, je rêve ! » Il cligne encore une ou deux fois, écarquille, mais l’image est toujours là, écrasante, face à lui : la statue du Commandeur ! Et voilà qu’une grosse voix tonne. « Tu savais que c’est par la bite que tu aurais ta perte, c’est par là que tu t’es jeté dans le caniveau. Tu ne connais pas d’autre forme de suicide. Les suicidés au gaz font péter des immeubles entiers ; toi, tu ruines la vie d’une femme. En 95, Delors non plus ne voulait pas se présenter à la présidentielle, mais il est allé cultiver ses rosiers. Toi, pour ne pas y aller, il a fallu que tu t’abaisses au rang des primates ! »
Un grand éclair envahit la pénombre crasseuse du deux-pièces. Dominique SK cligne plusieurs fois des yeux. Le Commandeur a disparu. Dominique SK pense à Delors taillant ses rosiers. Non, c’était impossible. Il pense à la violence du combat politique, à ces pervers de droite qui l’attendaient au détour de la campagne. Il a eu peur. Plutôt que la retraite, il a choisi l’ignominie.
Le train continue à se frayer un chemin dans ma vie. Mais on pardonne beaucoup à un train. Parce que c’est un train. Contrairement à une voiture, il passe par l’arrière du monde. Les maisons classées du quartier de la gare s’avèrent être des taudis. Mais ces ruines ne se voient que depuis la voie ferrée. Aucun véhicule ne vous donne une vue plus sincère du pays que le train. Contemplez nos jardinets, nos pigeonniers, nos cabanes. Admirez nos sous-vêtements qui sèchent dehors. Contemplez nos nains de jardin, nos céleris, nos poireaux, nos vérandas et nos barbecues maçonnés. Regardez comment les vaches font places aux monstres de brique, construits par des gens sans goût avec la complicité des banques et amochant le paysage flamand. Prenez le train et regardez comment, immobiles le long de la voie, le marbre et le granit s’ennuient sous une couche de poussière, offrant une dernière demeure à nos proches.
Laurent Dupin lance une enquête sur le "recyclage des journalistes", fort à propos, tant il est avéré que la société médiatique les considère comme jetables.
Le travail pour les journalistes est donc de plus en plus rare et de plus ou en plus mal payé. Pierre Chappaz compare même la situation de la profession à celle de la sidérurgie il y a trente ans: une industrie inadaptée à son temps, maintenue sous perfusion des aides de l'Etat.
Parmi les rares solutions évoquées : arrêter de former de nouveaux journalistes, du moins avec les méthodes traditionnelles d'une profession jalouse de son prestige et rétive aux évolutions. Pour y avoir usé quelques fonds de culottes, pour avoir aussi passé un peu de temps sur les forums dédiés, je ne peux qu'aller dans ce sens. Chez les professionnels de la profession comme chez les jeunes aspirants, il y a le mythe commun du Tintin reporter entretenu par une petite élite en place, alors que 95 % de la profession tient en quatre mots : le desk, le conformisme, la routine et la précarité.
En France, aujourd'hui, il y a peut-être davantage de gosses qui rêvent d'être journalistes que de lecteurs réguliers de la presse écrite.
Alors, la presse aujourd'hui se résumera-t-elle à BFM TV, 20 minutes et une nébuleuse de blogs d'où seule une élite pourra tirer une information fiable ?
On a pourtant encore besoin des journalistes. De ceux qui considèrent que leur signature engagent leur professionnalisme. De ceux qui ont compris qu'on peut être exigeant en restant pédagogues. De ceux qui savent s'extraire des vents contraires des multiples intérêts croisés.
Pour que la presse d'aujourd'hui ne soit pas la sidérurgie de demain, la clef est sans doute dans l'éducation. Il faut éduquer les futurs citoyens à exiger une information de qualité. Il faut aussi éduquer les futurs journalistes à ne pas se jeter dans le miroir aux alouettes, et ouvrir les formations à un monde professionnel varié qui doit savoir ce qu'il communique avant de vouloir, à tout prix, "communiquer".
Le livret de l'opéra-bouffe Les brigands d'Offenbach pourrait servir de bande-son à la nouvelle campagne publicitaire de Renault dont les spots viennent de sortir à la télévision.
Au moment du Grenelle de l'environnement, Renault sortait son premier 4x4 "Koleos". Il y avait longtemps que Toyota vendait des "Prius" hybrides. La voiture électrique, elle, existe de manière anecdotique depuis une vingtaine d'années, et ni Renault ni aucun autre constructeur n'avait cherché à le vendre à grande échelle, le confinant à quelques flottes de collectivités ou d'entreprises.
Plus que les rapports successifs du Giec, c'est donc une crise économique qu'il a fallu pour qu'enfin Renault repense sa stratégie et nous promette des véhicules électriques pour 2011.
On pourra se réjouir de ce revirement tardif dans la stratégie et de ce nouvel inventaire de valeurs d'entreprise. Il y a certes un net progrès dans le façonnage de la représentation inconsciente de l'automobile, par rapport à la vision conquérante et phallique années 80, ou même à celle du repli égoïste sur la cellule familiale des années 90.
Cependant, si la voiture électrique est une partie de la solution à la question de la pollution urbaine, elle ne fait que déplacer vers les centrales électriques le problème posé par les émissions d'oxyde de carbone. Sauf, bien sûr, en France, où l'on a choisi de rejeter des déchets nucléaires plutôt que des gaz à effet de serre.
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merdre, Sainte Lunette, solitaire 1. La nourriture et l'art de la partager. Le moindre estiatorio de village sert du poisson frais, de vraies frites et des salades baignées dans une huile d'olive bénie des dieux. A table, les Grecs mettent en commun une multitude de hors-d'œuvre et de grillades. Il est autorisé de piquer dans les plats. Les assiettes sont à toute la compagnie.
2. La musique et l'art de la vivre. Au cours d'un panegiri (fête de village) ou dans les rebetadiki (clubs de musique des années vingt), tous dansent, boivent, se battent, rient et pleurent ensemble. Rire et pleurer: c'est ce qu'on appelle la fête grecque. On peut aussi écouter des musiques actuelles inspirées, poétiques, tragiques et joyeuses, créées par de vrais compositeurs et incarnées par de grands interprètes.
3. Le rythme de vie.Siga, siga. Qu'est-ce qui compte, au final? Savourer chaque seconde, et être en bonne compagnie!
4. Les reliefs dramatiques. L'île d'Ikaria: 7km de large, culmine à 1000m. La péninsule du mont Athos, large de 6km, monte à 2000m.
5. Les eaux turquoise, les criques perdues jonchées de vieilles barques.
6. La mystique et l'esthétique d'une religion qui sature les cinq sens: chants, encens, icônes et reliefs cherchent à vous faire toucher le divin. Cul-béni ou athée, on est difficilement imperméable.
7. L'histoire ancienne, byzantine et contemporaine, inspirée et tragique.
8. La langue, ses racines profondes, son rythme, ses formules aimables qui viennent du cœur: Xairete, Sto kalo...
9. Le soleil, quand il se couche au printemps sur Santorin.
10. Le sens du petit commerce et de la transmission familiale. La Grèce ne connaît presque pas les hypermarchés.
1. Le poids de la famille élargie.Va faire ton PHD à Oxford, mon fils, mais surtout, reviens pour reprendre le kiosque à cigarettes de ton père ou Ma fille, ta belle-mère et ta grand-mère vont emménager chez toi pour t'aider à éduquer tes enfants.
2. L'esprit quérulent, procédurier et mesquin de certaines personnes en Grèce, envers ceux avec qui elles ont un conflit d'intérêts.
3. La pesanteur morale de la religion et son immixtion dans les affaires publiques. On a frôlé la sortie de l'Union européenne quand, sous la pression de celle-ci, l'Etat a retiré la mention de la religion orthodoxe sur les cartes d'identité.
4. Le nationalisme et la haine des frontaliers présents dans encore trop d'esprits: le Turc malfaisant, l'Albanais voleur, le Bulgare mangeur d'enfants, le Fyromien (ne dites pas "Macédonien") usurpateur...
5. Le soleil qui assomme Athènes en juillet.
6. La retsina, un vin où l'on a fait infuser des aiguilles de pin dans le seul but de vous donner mal à la tête le lendemain.
7. La plage de Litohoro, où il y a plus de détritus que de galets. Les décharges à ciel ouvert, dont certaines classées Seveso.
8. Le tourisme de masse qui gâche l'Acropole, Delphes ou Mykonos.
9. Les restaurants dits "grecs" de la rue de la Huchette à Paris.
10. Les chauffeurs de taxi d'Athènes et de Thessalonique.
24 clinamen, Saint Tupetu de Tupetu, organisateur de loteries
Vous trouvez Paris congestionné, asphyxié, envahi par l'automobile?
Vous toussez quand vous longez l'autoroute A4 et vous vous demandez quel cerveau malade a bien pu concevoir la porte de Bercy?
Rassurez-vous, ça aurait pu être pire. Nous avons frôlé l'invivable.
A la fin des années soixante, le plan d'aménagement de la ville ressemblait à ça:
En rouge, les autoroutes et voie express actuelles
En violet, les autoroutes prévues à l'époque
En bleu foncé, les différentes autoroutes prévues par le plan
En bleu clair, les sections enterrées
Les traits fins correspondent aux sections unidirectionnelles.
Non seulement ce plan existait, mais il on peut deviner l'intention de sa réalisation en plusieurs points à Paris. Les voies sur berges actuelles n'étaient que les premières pièces d'un hideux puzzle.
Par Melfrid le dimanche 29 mars 2009, 16:40 - Le goût
6 clinamen, Saint Ganymède, professionnel
Pendant les voyages aériens, surtout avec escale, on a souvent très faim. Heureusement, la compagnie aérienne hispanique qui me véhiculait avait tout prévu.
Nous allons faire du scrutin du 7 juin un double référendum contre le traité de Lisbonne et contre la politique libérale de Sarkozy. Le peuple va parler.
Pitié pour le scrutin européen ! Arrêtez de tirer sur les ambulances ! Comment Mélenchon peut-il se prétendre d'une autre Europe, mais d'Europe quand même, alors qu'il caricature l'unique rendez-vous démocratique de l'Union en une consultation démagogique et franco-française ?
L'Europe n'est pas le traité de Lisbonne ; le traité de Lisbonne n'est pas la politique de Sarkozy. L'Europe mérite mieux qu'un référendum. Elle mérite mieux que ce piteux spectacle. Elle mérite un véritable espace politique européen, avec des formations politiquement cohérentes par-delà les frontières. Elle mérite un débat d'idées à son échelle.
Mélenchon, Buffet et Besancenot étant des spécialités franchouillardes, ils seraient en effet bien en peine de trouver dans d'autres pays quiconque voudrait bien dialoguer avec eux. Peut-être les ultra-libéraux ultra-sceptiques tchèques ? La droite du parti conservateur britannique ? Ce seraient là bien les meilleurs partenaires pour une alliance objective.
Derrière les mots des nonistes, de gauche comme de droite, perce la petite musique du nationalisme.
Or, il paraîtrait que le nationalisme, c'est la guerre. En ces temps de crise, faudrait voir à ne pas l'oublier.
Ils sont là, tout autour de nous. Dans nos poutres et nos parquets. Dans nos cloisons creuses. Ils nous entourent, mais je suis le seul à les entendre. Ils minent la base de notre société occidentale, capitaliste et chrétienne. Au plus profond de la nuit, je me réveille parfois en sueur, et je les entends me grignoter patiemment le cerveau. Le médecin me refuse le scanner, mais je sais qu’ils sont en moi. Ils doivent ronger sans arrêt tout ce qui leur passe sous les mandibules, de peur que leurs dents ne poussent démesurément.
Ils sont trois. Ce sont des petits trolls malfaisants. La mythologie finlandaise les appelle Riks! Raks! Poks! Les Suédois les connaissent sous le nom de Piff! Paff! Puff! Chez les Allemands, allez comprendre pourquoi, ce sont Knisper! Knasper! Knusper!
Pour ma part, je les connaissais sous leurs noms anglophones de Snap!® Crackle!® Pop!®. Chaque pays, en fait, a une manière différente de transcrire l’onomatopée du lait qui fait exploser les alvéoles du riz soufflé comme rompraient des neurones minées par l’angoisse. Dans tous les pays, en tout cas, elle est personnifiée par trois personnages vertically challenged.
Après des nuits de cauchemar, j’ai parcouru en vain plusieurs supermarchés pour retrouver cette madeleine de Proust de mon enfance. Aujourd’hui, la céréale de petit déjeuner s’est sophistiquée en se segmentant. Elle doit être parfumée au chocolat ou nappée d’une solution de miel et de saccharose. Les Rice Krispies® ont disparu.
Visiblement, les trois nabots sont encore populaires chez les Etasuniens où le riz soufflé permet de confectionner des desserts dont ce pays a le secret, mélangé à des ingrédients gras et sucrés: guimauve, beurre de cacahuète, bananes, crème fouettée, chocolat, dragées colorées… Parfois, le tout en même temps.
Vous vous en êtes probablement aperçu : voici un mois que le blogue Melfrid pédalait dans la choucroute.
Le fait est que le fait d'installer une nouvelle version de Dotclear peut tourner au cauchemar pour qui n'a pas un diplôme d'ingénieur en informatique.
C'est heureusement le cas de l'ami Jocelyn qui a volé à mon secours. Merci à toi!
Pour la peine, Melfrid change son décor et changera peut-être un peu aussi le ton de ses billets.
Notre joli gouvernement aime les beaux principes décoratifs. Ainsi, l'an dernier, a-t-il décrété le Grenelle de l'Environnement qui devait tout changer : gel des autoroutes, plan climat-énergie, trame verte...
Cependant, comme si rien n'avait changé, l'Etat et les collectivités locales continuent d'autoriser, voire d'initier d'affreux projets: circuit de formule 1, portions d'autoroutes, incinérateurs...
Du haut du second étage où j'habite, j'avais la tête dans le feuillage d'un verne du Japon.
A travers ma fenêtre, je ne voyais à la belle saison que son feuillage vert tendre. Il m'apportait la fraîcheur de son ombrage en été. Parfois, alangui dans un transat sur mon étroit balcon, je lisais en écoutant les merles qui batifolaient sur ses branches. Il m'isolait du regard indiscret du voisin d'en face. Il était mon îlot de verdure. A deux cent mètres du périphérique parisien et à cinq cents mètres de l'autoroute A4, il était ma bouffée d'oxygène.
Certes, ce n'était pas une essence noble. En octobre, il saturait la cour et mon balcon de son feuillage en décomposition. En juin, ses millions de fleurs microscopiques dégageaient une forte odeur de viande séchée et, en tombant, tapissaient à nouveau le sol d'une neige douteuse en putréfaction. Pourtant, tout cela n'était que mineurs inconvénients.
Ce matin, j'ai été réveillé par l'un des bruits les plus désagréables qui soient, celui d'une tronçonneuse. En hâte, je m'habille et sors. Parmi les branches où se posent habituellement les pigeons, un homme casqué, sanglé, ganté. Je l'interroge.
"O lou coupe", roucoule-t-il.
Je descends en flèche les escaliers pour aller questionner ma propriétaire. Oui, c'est bien elle qui a décrété la peine capitale. Quel crime était reproché à notre pauvre aulne? Il a poussé.
A l'heure qu'il est, mon verne du Japon a subi le sort des milliers de platanes qui ombragent les anciennes routes royales, pour la simple raison qu'ils sont là et qu'ils poussent. Y a-t-il des accidents de la route? Des voitures emboutissent des platanes? Rasez les platanes. La pollution urbaine sensibilise les allergiques au pollen? Blâmez les tilleuls. Il faut construire une route, un supermarché? Coupez les chênes qui sont là et qui gênent.
Pour nous, citadins, l'arbre est notre oxygène. Il est une ombre rassurante à nos côtés, au quotidien, au fil des ans. Il enracine notre histoire. On ne l'aperçoit qu'à peine, mais c'est grâce à lui qu'on respire. Puis un jour, alors qu'il est là chez lui, on se dit qu'il nous barre la route, qu'il contrecarre nos projets d'avenir; alors on le coupe.
On ne construit pas un avenir en déracinant le passé.
Bande d'aveugles, laissez les arbres en paix, ils ne vous ont rien fait.
Le lecteur régulier du blog Melfrid aura compris que j’éprouve assez peu de sympathie pour l’industrie de la publicité, et fort peu d’amour pour l’industrie du “fast food”, quoi que, dans ma vie quotidienne, il me soit plus facile de faire abstraction du second que de la première.
Difficile en effet de faire actuellement abstraction, pour qui vit en ville et en France, de la campagne de la chaîne Mac Donald’s montrant des visages de gens souriants, assortis du message “Venez comme vous êtes”. En soi, ces affiches n’ont rien de désagréable, et ces visages souriants sont même plutôt sympathiques.
C’est ce qu’il me semblait, jusqu’à entendre un cadre de cette chaîne expliquer l’argumentaire qui sous-tend cette campagne.
Les codes sociaux qui régissent l’alimentation, disait-il en substance, sont très rigides dans notre pays. La chaîne en question souhaite mettre en valeur le fait que ces codes n’ont pas cours dans les lieux qu’elle gère.
Il était sous-entendu que les codes en question étaient la bienséance, les heures fixes, le fait d’utiliser des couverts - peut-être également le fait de réprimer les bruits corporels, de manger de manière équilibrée, et, de préférence, de partager son repas avec sa famille et ses amis… Bref, Mac Donald’s nous signifie que chez lui, le repas n’est plus un moment privilégié de vie en société.
Ce message publicitaire, qui se veut pourtant humaniste, remet en question ce qui donne à la nourriture son sens hautement symbolique: le partage, la saveur du produit comme lien aux autres… Des trucs de la vieille Europe, sans doute.
Par Melfrid le vendredi 7 novembre 2008, 10:28 - Le goût
6 as, Saint Omnibus, satyre
Au Moyen-Age, les mets étaient hiérarchisés de la terre au ciel. Les racines étaient réservés aux misérables, les grands volatiles étaient pour les grands seigneurs.
Quant aux paysans, ils mangeaient du chou.
Si vous connaissez Melfrid ou si vous suivez son blogue depuis longtemps, il ne vous a pas échappé que depuis cinq ans, il a fait des efforts considérables afin de pourfendre ses propres préjugés, espérant ardemment que les faits ne l'en découragent pas.
Rendons-lui justice: il est un peu moins buté qu'avant.
La preuve: il est même prêt à admettre qu'il y a à droite comme à gauche des personnalités politiques sensées, douées de valeurs fortes et de convictions profondes. Il peut convenir aujourd'hui que l'UMP n'est pas qu'un ramassis d'arrivistes et de bourgeois réactionnaires, mais que dans ce parti, il existe aussi des personnes qui comprennent le monde dans lequel nous vivons et innovent afin de le rendre meilleur pour tous.
Enfin, il en existe une.
Nathalie Kosciusko-Morizet milite inlassablement pour débuter modestement ce qui doit devenir l'une des mutations majeures de ce début de siècle: la fiscalité écologique, c'est-à-dire l'idée selon laquelle notre économie peut commencer à intégrer dans le calcul de la valeur les externalités négatives ou positives d'une activité humaine.
Aujourd'hui, les députés de droite, Jean-François Copé en tête, nous ont apporté la preuve que l'UMP était toujours bien constituée de bourgeois réactionnaires, opposés par principe à tout ce qui pourrait ressembler à une taxe. D'accord pour sauver le monde de la catastrophe écologique, mais pas au risque d'effrayer «la mère de famille de trente ans» qui serait fort marrie de payer un centime de plus sur ses couches-culottes jetables.
Par Melfrid le dimanche 24 août 2008, 20:38 - Le goût
Thessalonique, mercredi soir.
Comme le metro vous crache en surface dans des quartiers inattendus, comme lascenseur vous projette sans effort a des altitudes qui bouleversent vos perspectives, lavion ma largue brusquement dans cette Macedoine grecque que, voici des annees, jai beaucoup aime, et aussi un peu deteste. Me voici donc a Thessalonique avec pour premiere idée en tete celle de laver laffront que constitue linfame snack quose server la compagnie Alitalia (denoncons-la) sur ses vols.
Il est 16 heures, un moment opportun ici pour envisager de senvoyer quelques mezze dans une ouzeri.
Me voici donc dans une rue contigue a la place centrale Aristoteles. Pour la premiere fois depuis longtemps, une odeur caracteristique de friture de poissons et de boisson anisee me chatouille les narines, tandis que de vieux airs de rebetiko chevrotent sous le couvercle dune epaisse glycine. Derriere une vitrine sur deux, des menuisiers fabriquent tabourets de bar et salons de jardin. Les autres etablissements sont des tavernes dont les terrasses debordent sur la chaussee pietonne.
Apres hesitation, je choisis celle qui me semble accueillir la meilleure parea. La parea, chez les Grecs, cest la compagnie, le cercle damis avec lequel partager un bon repas. Cest aussi, avec la famille, le reseau social le plus essentiel.
Louzerie To Roptron rassemble de toute evidence des bandes de vieux potes. On comprend vite que le patron sappelle Iannis. Si vous etes amateur de statistiques, sachez quun quart des citoyens males de la republique grecque est prenommee Iannis, un autre quart sappelle Jurgos, un troisieme quart Costas; quant au dernier quart, il regroupe les autres prenoms usuels.
Bref, le Iannis en question a vite compris que jetais un etranger, bien que jaie fait de pathetiques efforts pour avoir lair dun Grec: lunettes de soleil occultant mes yeux bleus, attitude savamment negligee, epaules en arriere, le bras etendu sur la chaise vide a cote de moi Seulement, pour cette premiere journee de mon voyage, je suis depourvu de parea, et surtout, je consulte la carte en anglais.
En effet, avec les annees, les rudiments de grec demotique (principalement alimentaire) que javais peniblement assimiles jadis restent enlises dans les trefonds de mon cerveau. Ils finissent par ressortir a la faveur dassociations libres: nero pour leau, psomi pour le pain, krassi pour le vin
Je commande donc de quoi mabsoudre de la sauvagerie des companies aeriennes: des boulettes fondantes de fromage frit, du calamar sauté, des frites, un ouzo. Pas dentrée ou de dessert ici: tout se mange en piochant dans les assiettes, surtout si on est plusieurs. Cest la parea qui veut ca.
Quant a louzo, il se sirote avec lenteur. Les Grecs ne sont pas des alcooliques. Ou bien des alcooliques pas presses. Le soleil tape, vous savez!